Luc Tangorre, le nouveau docteur Jekyll marseillais...
Accusé d'avoir commis des viols et des agressions sexuelles à Marseille, lors de la grâce obtenue par le Président MITTERRAND et fort d'un soutien de personnalités émérites comme VIDAL-NAQUET, tout le monde aurait pu croire en 1987 à une possible erreur judiciaire, une de plus après un jugement trop vite rendu ! Pourtant Luc TANGORRE (en photo ci-dessus) sera à nouveau impliqué à plusieurs reprises après coup, la dernière fois assez récemment. Car en 2019, quelques années après avoir joué les vierges outragées face à Christophe HONDELATTE los d'une émission que vous découvrirez en fin d'article, il aura à nouveau écopé d'une peine supplémentaire de trois ans et demi pour agressions sexuelles sur trois mineures. Mais revenons au démarrage de l'affaire en avril 1981...
Au cours de cette nuit du 1er avril 1981 à Marseille, à 2 heures du matin, alors que Sylviane rentrait chez elle dans les quartiers sud après une soirée chez des amis et qu'elle venait de garer sa voiture, elle est abordée par un homme qui lui demande de reprendre le volant avec une arme à la main ! Il lui indique la route des calanques de Morgiou, un site assez discret surtout à une telle heure et, sur place, il la viole avant de la raccompagner chez elle. Le lendemain matin quand elle se rend au commissariat pour porter plainte, elle ne sait pas encore qu'elle est la neuvième femme à être venue se plaindre en un an et demi d'une agression. Ce qui peut paraître surprenant c'est que l'homme lui avait donné le sentiment d'avoir deux facettes, l'une bestiale pendant l'acte et l'autre plus correcte. Et toutes ces agressions auront été commises dans les quartiers sud de Marseille et de la même façon au site de Morgiou. Apparemment l'agresseur disposait d'une 2 CV dont les jeunes femmes identifieront le bruit après avoir été raccompagnées. En quelques jours ce seront une quinzaine de viols et d'attentats à la pudeur qui seront commis. Grâce à certaines victimes un portrait-robot de l'agresseur pourra être établi, celui d'un homme brun de type méditerranéen de 20/25 ans portant une moustache et qui avait des baskets avec parfois une parka. Après quelques jours de patrouilles les policiers interpelleront sur le boulevard du Prado un homme ressemblant au portrait-robot qui venait de garer sa 2 CV et qui semblait guetter quelqu'un. L'homme qui disposait également d'un couteau et qui n'avait pourtant pas le profil d'un violeur dira s'appeler Luc TANGORRE. Placé en garde-à-vue il sera présenté aux victimes lors d'un tapissage effectué au milieu d'autres hommes de même apparence et il sera reconnu par certaines plaignantes comme étant l'agresseur.
Luc TANGORRE se plaindra des conditions dans lesquelles le tapissage avait été effectué au milieu d'hommes foncièrement différents de lui qui aurait donc faussé celui-ci. Il sera néanmoins mis aussitôt en examen pour 17 actes délictueux commis depuis déc. 1979 d'autant qu'on retrouvera à son domicile la fameuse parka tachée de graisse et une arme certes factice. Pour ses proches, la chose sera mal vécue ! Luc, un violeur, ce garçon si gentil qui avait une fiancée, ce sera impossible pour sa mère. Hélas, pour TANGORRE, la terre relevée sur le revolver sera semblable à celle prélevée sur le site de Morgiou et l'une des victimes se souvenait qu'il avait à un moment donné posé celui-ci par terre au moment de la violer. Le jeune inculpé demandera à ce que l'on vérifie ses alibis car il prétendra avoir été hospitalisé lors du déroulement d'une agression et avoir été vu dans un bal pour un autre. Mais les enquêteurs ne donneront pas suite à ses réclamations. Après un an d'emprisonnement Luc TANGORRE se lancera le 13 mai 1983 dans une grève de la faim en vue de manifester contre le sort qui lui était fait. A tel point qu'il provoquera la création d'un comité de soutien fort d'environ deux mille personnes et regroupant nombre de gens qui avaient été émus par son sort comme l'écrivain Gilles PERRAULT qui n'en n'était pas à ses premières armes après l'affaire RANUCCI et aussi des sommités comme Marguerite DURAS ou Françoise SAGAN, le Prof. Pierre VIDAL-NAQUET, historien de valeur internationale voire des politiques comme ALBIN-CHALANDON ou J-Claude GAUDIN. Des pétitions seront signées en vue de sa libération et déposées sur le bureau du juge. Présenté comme un garçon bien sous tous rapports, personne n'aurait pu s'imaginer que Luc TANGORRE était capable la nuit venue, comme un loup garou, de se lancer dans une telle chasse aux victimes. Pour les membres du soutien le tapissage du départ avait été mal conçu et avec des gens qui n'étaient pas du tout ressemblant les uns avec les autres. Dès lors, repérer Luc avec ce portrait-robot diffusé dans la presse avait été facile, surtout avec des baskets blancs que les autres protagonistes du tapissage n'étaient pas chaussés.
Renvoyé devant les Assises d'Aix-en-Provence, Luc TANGORRE devra répondre d'au moins 6 viols, les autres n'ayant pu permettre aux enquêteurs de collecter suffisamment d'éléments. Et le 18 mai 1983 ce sera la douche froide avec une condamnation de 15 ans, un arrêt que même la presse rejettera dans sa grande majorité et qui incitera le comité de soutien à entreprendre sans attendre une demande de révision du jugement. Le 28 déc. 1983 Pierre VIDAL-NAQUET ira même jusqu'à publier une tribune dans Le Monde pour demander justice, présentant l'affaire comme une nouvelle affaire Dreyfus ! Dans un ouvrage "Coupable à tout prix" Gisèle TICHANE démontera, elle, tout ce qui avait pu être reproché à Luc TANGORRE. La demande de révision du procès ayant été rejetée, il ne restera plus au jeune homme que la grâce présidentielle et celle-ci surviendra le 21 juillet 1987 le comité de soutien s'étant montré semble-t-il assez influent face à un MITTERRAND qui préparait déjà sa réélection. Elle lui permettra de retrouver la liberté le 15 février 1988 après sept années d'incarcération. Grace à l'aide de ses parents il sera en mesure d'acheter un bar-tabac à Lyon et de redémarrer un semblant d'existence. Très vite il aura même une nouvelle fiancée avant que, quelques mois plus tard, un lundi 24 octobre 1988, les gendarmes viennent l'interpeller à nouveau dans son tabac pour un viol.
Placé en garde-à-vue à Lyon, huit mois après sa libération, il sera donc à nouveau mis en cellule ! Son avocate croira à un canulard avant d'en savoir un peu plus sur une plainte émanant cette fois-ci de deux jeunes américaines d'une vingtaine d'années Carole et Jennifer que Luc TANGORRE aurait violées à Nîmes en mai 1988 pendant la féria, trois mois après sa sortie de prison. Les deux plaignantes qui voulaient remonter sur Paris auraient été pris en stop à la sortie de Marseille par une 4L de couleur verte et elles constateront que le conducteur, charmant au départ, les avait amenées dans une pommeraie à l'écart des grands axes menant vers Nîmes et qu'il les violera. Amenées à l'hôpital, des lésions vaginales seront constatées démontrant que les deux jeunes étudiantes disaient vrai. Les plaignantes se souviendront lors de leur interrogatoire d'une foule de détails évoquant même une pile de livres sur la banquette arrière sur lesquels figurait sur la couverture un mot "Culpability" au-dessus d'un dessin représentant un homme moustachu. Elles décriront aussi avec minutie quel avait été leur agresseur : un jeune homme brun d'une trentaine d'années avec des cheveux ondulés vêtu d'un polo jaune sur lequel figurait un crocodile. Pendant deux mois, les enquêteurs feront le tour des librairies susceptibles de les aider à identifier cet ouvrage qui leur permettrait d'en savoir un peu plus sur le conducteur-violeur de cette 4L verte. Après de longues recherches un libraire de Marseille évoquera l'ouvrage de Gisèle TICHANE sur l'affaire Luc TANGORRE, "coupable à tout prix"; Bingo ! Les enquêteurs essaieront d'en savoir un peu plus sur ce Luc TANGORRE et ils apprendront qu'il venait d'être libéré et d'ouvrir un tabac à Lyon. Au terme d'une planque soigneusement organisée, ils découvriront que le tenancier du tabac avait une 4L de couleur vert pomme. Les jeunes américaines n'avaient pas affabulé car tout correspondait avec ce qu'elles avaient décrit aux policiers. Pire, en se rendant au domicile du jeune débitant de tabac les enquêteurs découvriront dans un tiroir de commode le fameux pull jaune avec le crocodile, des baskets et des jeans blancs en quantité. Revenues des Etats-Unis les deux étudiantes bouleversées identifieront leur agresseur lors d'un tapissage. Mais, au moment d'être mises en présence de TANGORRE lors d'une confrontation, celui-ci en les voyant, les traitera même de putes et de salopes. C'est ce jour-là que beaucoup déduiront qu'il y avait deux Luc TANGORRE ! celui propre sur lui auquel on aurait donné le bon Dieu sans confession et l'autre, celui qui, retrouvant des instincts bestiaux, aurait pu se livrer à toutes ces agressions.
Désireux une fois de plus de se disculper, Luc TANGORRE précisera que le 23 mai 1988, le jour de cette agression il se trouvait chez ses parents où avait lieu une fête familiale. Mais le problème c'est que cette fois-ci beaucoup de ceux qui l'avaient aidé lors de la première affaire seront nettement moins présents lors de la seconde, bien que cette dernière soit présentée comme une machination. Le nouveau procès du 3 fév. 1992 va donc avoir à trancher et les preuves de la culpabilité de TANGORRE se sont accrues. Et la Cour d'Assises tranchera condamnant le présumé violeur à 18 ans de prison. Luc TANGORRE sera libéré en 2000 en conditionnelle après douze années d'incarcération. Mais il commettra encore de nouvelles agressions par la suite faisant à nouveau parler de lui le puisqu'il sera mis en examen au Grau-du-Roi (département du Gard), suspecté d'une agression sexuelle sur une enfant de douze ans ! Puis en août 2010 où il sera cette fois condamné à une peine de 3 ans et 6 mois. Ce qui démontrera bien que l'homme avait deux faces, même s'il avait beau crier n'être pour rien dans l'ensemble de ce qui lui sera reproché !

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