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Jean-Michel Bissonet, le notable manipulateur émérite...

 

Le titre du reportage de Faites entrer l'accusé donne une idée de l'affaire et ce : la bourgeois, le jardinier et le vicomte aurait même pu être le titre d'une fable de La Fontaine ! Mais, un notable comme Jean-Michel BISSONET reconnu coupable du meurtre de son épouse Bernadette, une riche pharmacienne à la retraite, quel scandale cela avait-il été pour cet homme qui se croyait invulnérable et qui était un fin manipulateur ! Elle sera tuée un mardi, le 11 mars 2008, de deux cartouches de fusil de chasse dans leur villa cossue de Castelnau-le-Lez, la banlieue aisée de Montpellier, une bâtisse de 25 pièces sans les dépendances avec piscine couverte pendant qu'il assistait comme tous les mardis à une réunion du Rotary-club de l'endroit. Mais revenons sur le détail des faits !

Lorsqu'il a découvert le corps de son épouse ce soir-là à 21h50 à son retour de la réunion du Rotary, le riche retraité Jean-Michel BISSONET dira aux enquêteurs n'avoir constaté aucun vol dans sa splendide demeure en dehors cependant d'un 4X4, la voiture de son épouse, qui sera aussitôt activement recherchée. Il les avait appelés au téléphone à 22 heures en pleurs complètement affolé. La voiture sera retrouvée à quelques rues de là avec du sang relevé à l'intérieur du poste de conduite. Autre indice : les enquêteurs localiseront au cours d'une première inspection des locaux, sur un tapis, un ongle qui semblait provenir de l'un des doigts de la main de l'auteur de cette agression, quelqu'un qui leur donnera le sentiment de ne pas être un tireur expérimenté. Le tueur se serait-il donc blessé en commettant ce meurtre ? Et qu'était-il donc allé faire à l'étage de la villa, trahi par des taches de sang relevées sur les marches de l'escalier. Bernadette BISSONET avait-elle ouvert sa porte à quelqu'un qu'elle connaissait ? Tout le laisse supposer puisqu'aucune trace d'effraction ne sera relevée. Les responsables d'enquête seront très vite convaincus qu'ils n'étaient pas en présence d'un cambriolage mais d'un assassinat. Entendu le lendemain du meurtre, Jean-Michel BISSONET évoquera son jardinier avec lequel il venait d'avoir une altercation et qui lui avait demandé un acompte sur son salaire qu'il avait refusé. Une précision qui étonnera les enquêteurs d'autant que la veille il avait dépeint ce jardinier comme un homme auquel il avait totalement confiance. En arborant un doigt couvert d'un gros pansement qu'il avait cherché à dissimuler, ce jardinier de la propriété, un certain Méziane BELKACEM d'une cinquantaine d'années, fils de harki totalement soumis à son patron, se verra mis en garde-à-vue et il conviendra d'ailleurs assez vite être l'auteur des faits ayant opéré sur l'ordre de ce patron qui avait promis de le rétribuer à hauteur d'une somme de 30 000 €, ce que le maître des lieux niera bien entendu le 21 mars, lors d'une audition. BELKACEM dira aux enquêteurs qu'il avait prétexté avoir oublié un portable et que Bernadette BISSONET lui avait permis de rentrer avant qu'il l'abatte avec un fusil qu'il avait récupéré et qu'il devait ensuite abandonner dans la voiture volée qui sera retrouvée à proximité. C'est l'absence du chien de la maison que BISSONET avait pris avec lui qui accréditera sa version d'autant que le maître des lieux l'avait rassuré quant à la présence de l'animal. Mais l'autre problème c'est qu'on ne retrouvera pas dans le 4X4 le fusil que BELKACEM avait déposé dans le véhicule !

Placé sur écoute, les enquêteurs apprendront que lors d'un entretien avec une cousine le riche propriétaire de la villa s'était plaint de son "emmerdeuse d'épouse". Arrêtés les deux hommes seront incarcérés. Considéré comme un simulateur, Jean-Michel BISSONET, passant trop facilement du rire aux larmes et souvent déplaisant, fera rapidement très mauvaise impression. C'est la disparition de l'arme du crime censée avoir été déposée dans la voiture de Bernadette qui mettra les enquêteurs sur la piste d'un certain vicomte Amaury d'HARCOURT, un homme âgé de 83 ans, qui avait d'ailleurs rencontré BISSONET dans la journée de ce 11 mars. Un vicomte qui reconnaîtra s'être présenté aux alentours de 21h00 à la villa pour récupérer une veste polaire qu'il avait oubliée en rendant visite à son ami. Mais plus les gendarmes l'interrogeront, plus il sera inquiet de la tournure que prenaient les événements. Le 5 mai, après avoir été longtemps pisté et surveillé, il sera même placé lui aussi en garde-à-vue et finira par reconnaître devant une gendarmette avoir récupéré l'arme et l'avoir jetée dans une rivière proche. Puis, lors d'une audition en présence du juge d'instruction, il concèdera même avoir participé à l'opération qui aurait donc été montée en collaboration avec BELKACEM et BISSONET qu'il cessera de couvrir à partir de ce moment-là. 

Compte tenu de son attitude de pleureuse, toutes les demandes de remise en liberté de Jean-Michel BISSONET seront rejetées et il y en aura tout de même dix-neuf. D'autant qu'à Montpellier l'homme avait quelques supporters qui ne voulaient pas croire à son implication dans ce meurtre et qui s'étaient regroupés au sein d'un comité de soutien. Ses avocats s'appuieront même sur un sondage lancé auprès des Montpellierains pour justifier une demande de remise en liberté. Le 27 septembre 2010 s'ouvrira le premier procès devant les Assises de Montpellier et si BELKACEM et BISSONNET siègeront côte à côte dans le box des accusés, Amaury d'HARCOURT apparaîtra lui, libre. Accusé de subornation de témoins pour avoir tenté d'accuser de sa cellule d'HARCOURT d'être le commanditaire du meurtre, le procès sera suspendu et les avocats de Jean-Michel BISSONET, choqués par cette manoeuvre, demanderont même à être relevés de leurs obligations de défenseurs de l'intéressé. Et pour ce dernier les choses n'iront pas en s'arrangeant car ses invectives lancées en direction de tous ses opposants finiront par faire peur aux jurés. C'est l'un des ténors du barreau, Maître Henri LECLERC qui sera chargé de la nouvelle défense de Jean-Michel BISSONET. Il choisira de plaider l'absence de mobile et donc le doute quant à la culpabilité de son client. Mais ce 11 février 2011, la Cour condamnera celui-ci à une peine de 30 ans de réclusion criminelle. Une peine qui sera ramenée le 7 novembre d'après en appel à 20 ans. 

Ses multiples jérémiades auront cependant fini par payer puisqu'il a pu quitter discrètement dissimulé dans une voiture, la prison d'Eysses de Villeneuve-sur-Lot en 2017, où il avait été incarcéré. C'est dans ce même établissement que le Tribunal d'application des peines avait statué en faveur de la libération conditionnelle du détenu, alors âgé de 72 ans. 

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