Mussolini, l'enzyme glouton italien...
Avec ses mains sur les hanches ou ses bras croisés, hochant la tête en défiant la foule, il aura inspiré HITLER et probablement mis le feu à un embrasement qui avait jusqu'alors pu être contenu, surtout durant une période où recommençaient à prédominer les thèses nationalistes. Fils violent d'un forgeron socialiste et d'une institutrice, et venu des rangs socialistes c'est en novembre 1914 que Benito MUSSOLINI a opéré un premier virage. Violent, cet élève turbulent l'était ! En 1893 à l'âge de 10 ans, il avait même été renvoyé de l'école après avoir blessé un de ses camarades avec un couteau. En 1902, il sera d'abord enseignant avant de survivre de petits boulots tout en tentant d'échapper au service militaire. Il connaîtra de grandes difficultés à trouver un premier vrai emploi et la même année (photo ci-contre) il sera même arrêté à Lausanne pour délit de vagabondage. En moins d'un an il parviendra néanmoins de Suisse grâce au journalisme dont il apprendra vite les rudiments à intégrer le Parti Socialiste et à en devenir l'un des leaders reconnus. À partir de 1909, il prendra la direction de La Lotta di classe, un hebdomadaire socialiste de Romagne. L'âme italienne, il voulait qu’elle s’éloigne de la bourgeoisie et de valeurs qu’il rejetait. Pour s’être soulevé contre l’intervention italienne en Libye, le bouillant Benito sera condamné à cinq mois de prison et deviendra célèbre dans toute l’Italie après avoir commencé à rédiger son autobiographie. Membre du Parti Socialiste Italien, rédacteur à l'Avanti où pourra s'exercer son talent pour l'écriture, le quotidien officiel socialiste, il se montrera d'abord peu favorable avant guerre à une quelconque intervention de son pays dans le conflit avant de changer d'avis. Sans doute encouragé par l'une de ses premières maîtresses régulières Margherita SARFATTI. Ce qui aura une conséquence : son exclusion des rangs socialistes ! D'abord soldat et grièvement blessé après avoir lui aussi été promu caporal, il sera réformé en 1917. Tout comme HITLER il avouera se sentir être désigné par Dieu et être celui qui allait pouvoir changer la vie de son pays, son souhait le plus cher étant de rendre la grandeur à l'Italie. D'autant qu'en 1920, les Italiens s'étaient soulevés et que de nombreuses grèves paralysaient la production. Aiguillonnés par les communistes, qui avaient réussi à s'implanter en Italie, le pays était au bord de la révolution.
Devenu nationaliste, et s'appuyant sur des qualités oratoires évidentes, il créera son propre journal : Il populo di Italia mais sera défait en 1919 aux élections avec ses premiers partisans des Faisceaux italiens de combat dont le mouvement avait été fondé deux ans plus tôt. Il sera néanmoins élu au Parlement en 1921 après avoir fondé le Parti Fasciste Italien, sa "Marche sur Rome" en octobre 1922 entreprise avec ses chemises noires, lui permettant de devenir un leader incontestable que le roi ne pouvait continuer à ignorer. D'autant que la gauche socialiste et communiste faisaient peser sur le pays une réelle menace et que l'Italie était au bord du chaos. Devenu justement un farouche opposant au communisme, l'ennemi n°1 et un nationaliste déçu lui aussi par un Traité de Versailles qui n’avait pas accordé à l'Italie des territoires austro-hongrois promis comme la Dalmatie, MUSSOLINI saura par ailleurs trouver de nouveaux alliés en la personne d'industriels qui devaient se sentir protégés. Il était évident qu'on était au bord d'une guerre civile à l'automne 1922 et que les partisans de Benito MUSSOLINI étaient alors prêts à tout pour prendre le pouvoir, même si on ne le leur donnait pas. Ce qui ne sera pas le cas. Sans doute pensait on qu'une fois au pouvoir cet excité se calmerait et qu'on pourrait exercer sur lui un meilleur contrôle. Mais en 1925, le parti fasciste de celui qui était devenu plus un tyran qu'un réel bouffon se montrera de plus en plus menaçant pour tous ses opposants, notamment après avoir été mêlé à l'assassinat du député socialiste Giacomo MATTEOTTI, que le droit de grève eut été supprimé et que les partis d'opposition au fascisme eurent été interdits par celui qui était devenu leur "Duce". Dès les élections du printemps 1923, le ton avait été donné et ceux qui s'opposaient à l'élection de députés fascistes, molestés. On peut dire que le Duce avait instauré dans ce pays un régime totalitaire autoritaire dont la spécificité sera d'imposer au corps social une « révolution culturelle » visant à soumettre chaque individu à l'emprise de l'État et du parti. MUSSOLINI créera un ministère de la propagande. Radio, presse, édition, cinéma, et tous les médias seront mis au service de l’idéologie avec un embrigadement de la jeunesse. Les services secrets de la police politique compileront des fichiers sur plus de 130.000 ennemis présumés du régime !
En 1935, après l'avoir tout d'abord nié, le Duce se rapprochera du parti nazi d'Adolf HITLER. Si on a dit qu'HITLER avait tout appris à MUSSOLINI, l'inverse est également vrai car beaucoup de créations du caporal autrichien ont copié celles du Duce : les chemises brunes des S.A se sont inspirées des chemises noires des fascistes italiens. Jusqu'au salut à leur Führer. Pire, l'annexion de l'Ethiopie par les Italiens réalisée sans que le moindre pays s'y soit opposé, aura vraisemblablement incité HITLER à employer les mêmes tactiques avec la Rhénanie puis l'Autriche et la Tchécoslovaquie. Effectivement, en octobre 1935, les troupes mussoliniennes envahiront l’Éthiopie depuis les colonies d’Érythrée et de Somalie et parviendront à leurs fins avec l'aide de l'Allemagne. Le 7 avril 1939, dopée par son précédent succès, l’Italie envahira l’Albanie et Bénito MUSSOLINI ne tardera pas à s'aligner sur les prétentions hitlériennes. « Quand le fascisme a un ami, il marche avec cet ami, jusqu'au bout ! » clamera t-il en déclarant en 1940 la guerre à la France et à l’Angleterre. Un véritable coup de poignard pour ces deux pays qui tentaient de résister à l’invasion allemande. Mais l'alliance entre HITLER et MUSSOLINI si elle avait été la cause de quelques succès communs sera aussi à partir de 1943 source de désillusions, surtout après le débarquement allié en Italie. Le peuple italien lassé de vingt années de fascisme accueillera même les Américains en libérateurs. Malgré l’opposition de MUSSOLINI, le Grand Conseil du fascisme votera même à l'été 1943 le retour du roi Victor-Emmanuel III à la tête des forces armées. Déchu, le Duce sera fait prisonnier dans le massif du Gran Sasso d'où son ami HITLER viendra le tirer avec l'aide de mercenaires comme Otto SKORZENY. Il tentera de constituer un nouveau gouvernement et proclamera la République de Salö qui n'était en fait que l’annexion du nord de l’Italie par l’Allemagne nazie. En fuite en avril 1945, malgré son déguisement d’aviateur allemand, il sera reconnu par des partisans de Victor-Emmanuel III sur le lac de Côme et arrêté une nouvelle fois. Avec sa maîtresse Clara PETACCI, il sera fusillé en avril 1945 et une fois rapatrié sur Milan, pendu par les pieds.
Il n'est pas inutile de préciser que encore aujourd'hui, près de 100 000 nostalgiques du fascisme se rendent chaque année en pèlerinage sur sa tombe, à Predappio, en Emilie-Romagne. Assez récemment, M. L'enfant du siècle, le premier tome de la trilogie d'Antonio SCURATI sur le Duce, s'est vendu à 500 000 exemplaires en Italie, preuve que le cadavre du fasciste transalpin bouge encore. Et lui qui avait interdit la poignée de mains aurait peut-être été content de vivre à l'époque du Coronavirus.




Commentaires
Enregistrer un commentaire